Microsoft soutient
cestplusnet-fr_le-site-pour-les-parents-des-enfan
Accueil >  Blog >  L'école du futur >  Richard Descoings : « La révolution numérique est tellement rapide que même ceux qui ont un peu d´avance sont en retard ! »
 
Richard Descoings
Éducation
Richard Descoings : « La révolution numérique est tellement rapide que même ceux qui ont un peu d´avance sont en retard ! »

(Photo : Pierre-Olivier Deschamps / Agence Vu)

Vous commencez à voir arriver à Sciences Po des générations d´étudiants ayant baigné dans les nouvelles technologies depuis un âge précoce. Sont-ils vraiment différents de ceux qui les ont précédés ?

La différence est colossale. Et elle se voit beaucoup à l´oeil nu. Dans « Boutmy » (le grand amphi de Sciences Po, NDR), un élève sur deux aujourd´hui prend ses notes sur son ordinateur portable. Quand je passe le soir, je vois tous les étudiants étrangers qui téléphonent via leur ordinateur, la tête penchée sur leur micro. On assiste également à l´explosion de tous les réseaux sociaux. D´ailleurs, quand on veut prendre le pouls de la vie étudiante, c´est sur les forums et les sites internes que l´on va. Les élèves de l´école de journalisme ont créé une web radio… Partout ça bouillonne, ça fourmille !
Je ne sais pas si une telle rupture entre les générations a jamais existé. Quand la TSF ou la télévision sont arrivées, toutes deux étaient des outils de communication partagés, un possible élément de ciment familial. Le passage au numérique, les réseaux sociaux, MSN, Second Life…, tout cela est en train de créer un incroyable fossé entre le savoir et le savoir-faire des nouvelles générations versus le non savoir et le non savoir-faire des générations précédentes. Les enfants et les adolescents se construisent aujourd´hui, à un moment très important de leur vie, dans un monde dont leurs parents sont complètement exclus. C´est une situation inédite et fondamentale.

Le système éducatif et les pratiques pédagogiques doivent-ils s´approprier cette révolution numérique ?

C´est évident. Si on ne le fait pas, cela nous rendra totalement ringards. Dans les années qui viennent, nous avons d´immenses efforts à faire concernant, d´une part, la formation des enseignants et, d´autre part, la conceptualisation de ce qu´est la structure intellectuelle d´un adolescent dont l´éveil au monde se fait à travers le numérique. Cela promet d´être passionnant à vivre, mais cela va constituer aussi un choc d´une brutalité absolue qui va coûter très cher. Quand vous pensez qu´à l´Éducation nationale, premier budget de l´État, il n´y a ni crédits ni postes affectés à la maintenance informatique ! Quelle entité humaine, aujourd´hui, ne dépense pas des mille et des cents pour assurer la maintenance informatique de ses équipements ?

Vous avez le sentiment d´un retard français en matière d´intégration du numérique ?

Non. Je me trompe peut-être, mais l´arrivée de la révolution numérique est tellement rapide que même ceux qui ont un peu d´avance sont en retard !

Comment Sciences Po envisage-t-il ce tournant ?

Nous nous sommes donné un double objectif. D´une part, la réflexion sur le numérique et les transformations sociales qu´il va enclencher ; d´autre part, la restructuration de notre effort de recherche, notamment par l´intégration de techniques très avancées de quali-quantitatif, et par la création d´un Média Lab sur le modèle de celui du MIT, avec, entre autres, la collaboration de Microsoft. Le défi est de parvenir à réunir les moyens financiers et à mobiliser les ressources intellectuelles, tout cela avec des technologies et des comportements sociaux qui évoluent sans cesse. Jusqu´à présent, quand vous lanciez ce genre de chantier stratégique, vous aviez à peu près le temps d´élaborer une vision, de vous fixer un objectif et puis de mener à bien le projet. Aujourd´hui, les choses changent tellement vite que, d´ici quelques années, le terrain sur lequel nous nous appuyons pour construire notre projet se sera encore transformé.

Le MIT vient de finir de mettre en ligne l´intégralité de ses cours. Ils sont à disposition de tous, notamment sous la forme de vidéos, et ce dans une dizaine de langues. Que pensez-vous de ce type d´initiatives ?

Plus globalement, comment voyez-vous Sciences Po dans quinze ans ?

Dans quinze ans, on aura sûrement finalisé l´ensemble des mesures de recrutement qui permettront de composer le corps étudiant. J´y travaille déjà depuis dix ans, il en faudra peut-être encore dix, mais il faut sortir de l´idée que ce sont les étudiants qui choisissent une grande école : c´est l´université qui doit choisir ses étudiants. On aura également composé notre corps de professeurs et de chercheurs permanents, ce qui sera une révolution pas moins importante. Par ailleurs, j´espère qu´on aura été meilleurs qu´aujourd´hui, en ayant réussi à convaincre que les sciences sociales sont indispensables au genre humain et qu´il faut donc investir dans cette discipline.
Enfin, et j´y tiens beaucoup, on aura achevé la constitution, ou la reconstitution, des humanités scientifiques. En France, on a dissocié la formation par les sciences de la formation par les humanités. On a installé des générations d´élèves puis d´étudiants dans le refus de toute approche technologique et scientifique. Dans un monde où l´accélération du progrès est inouïe par rapport à l´échelle de l´histoire, où jamais la technologie n´a été autant imbriquée dans la vie quotidienne, c´est un handicap extraordinaire. Quand vous ne pouvez pas vous approprier les outils, vous êtes pieds et poings liés. Vous n´êtes pas armé pour accepter, refuser, comprendre, exiger, etc. Donc, sans qu´il s´agisse d´enseigner les mathématiques comme on le fait au lycée, on va essayer, au niveau « undergrad », de reconstituer l´unité de la culture fondamentale, pour penser la technologie autrement. Cela se fera également à travers le profil des étudiants, qui seront de plus en plus nombreux à avoir une double formation : école d´ingénieur/Sciences Po. Cette double formation est essentielle pour l´avenir.

Photo : © Pierre-Olivier Deschamps / Agence Vu

> Pour aller plus loin : tous les articles du dossier "L'école du futur"

- Bienvenue à l'école du futur !

- Le potentiel français en mal de cohérence

- Trois questions à… Jean-Michel Fourgous

- BSF, la révolution britannique

- Dessine-moi une école… sur powerpoint

Par Constance Parodi le 05/03/2008
 
 
12
Commentaires
 
Jed75
07/06/2010 20:54
Cher Monsieur,

Si la France a un bon potentiel (encore faut-il qu'elle sache l'exploiter), elle est déjà en retard. Si la révolution numérique est rapide, elle nous a légué des outils et des méthodes opérationnelles parfaitement utilisables dès aujourd'hui. Pas besoin d'attendre l'aboutissement d'un plan stratégique qui risque d'exiger beaucoup de temps pour pouvoir en tirer les premiers bénéfices ou d'être beaucoup trop théorique. Il faut agir tout de suite et c'est possible ! J'ai parmi mes proches, un étudiant en 4ème année à
Sciences Po. Il n'a jamais eu le moindre cours sur le TIC ?!... Il n'a jamais entendu parler de e-réputation (qui impacte très fortement les individus, les entreprises, les politiques) , d'e-communication (Internet est le seul média qui permet une communication mondiale instantanée) ou plus grave, de travail collaboratif qui se basent sur le concept de l'Intelligence Collective qui s'apprête à bouleverser l'organisation du travail d'ici peu. Je peux comprendre ce manque dans les collèges ou lycées mais absolument pas dans l'une plus plus grandes Ecoles de France. Des profs, des formateurs professionnels, des consultants spécialisés existent et peuvent parfaitement répondre à une demande de formation dès la prochaine rentrée en 2010. Alors plus de blabla et foncez !!

Merci de votre attention.
 
RSLNmag.fr
08/06/2010 18:37
Pour rebondir sur l'interpellation de @jed75, voici un commentaire reçu sur la page Facebook de RSLN :

"Je suis en dernière année à SciencesPo, qui a mis en place tout un cycle de cours intitulé "enjeux du numérique" à partir de la 4ème année (votre étudiant aurait pu attendre un semestre avant de râler), particulièrement bien conçu et dirigé par Dominique Boullier, largement reconnu pour ses connaissances (historiques, économiques, sociologiques, etc.) en la matière. Par ailleurs les passionnés de TIC ne manquent vraiment pas à SciencesPo, le master droit éco PI est plus que largement impliqué dans les problématiques de droit sur Internet, de libre, d'identité numérique, et j'en passe. Mais on peut toujours dire qu'on connait quelqu'un qui connait quelqu'un qui... "
 
08/06/2010 20:20
Il n'y a pas de révolution numérique, il y a juste une profusion d'usages. C'est comme regarder la TV sans connaître le minimum pour la brancher.
Beaucoup de mes étudiants sont inscrits à de nombreux réseaux sociaux, tout en ayant du mal à créer des archives.
Cette illusion conduit désormais à l'absence de formation de base. On ne parle pas de programmation mais du minimum vital technique mais aussi comportemental.
Ne parlons pas de la formation des enseignants au TICE, la réforme de la masterisation est une catastrophe.
Il ne s'agit pas d'élite mais de l'école de demain.
 
Jed75
09/06/2010 20:38

Pour répondre au jeune homme qui s’adressait à moi au sujet de l’enseignement des TIC à Sciences Po dans le post précédent pour lui suggérer de commencer à cultiver la modestie et le sens critique qui peuvent être très utiles pour progresser dans la vie. Vous faites preuve de la suffisance qui caractérise tant les étudiants des Grandes Ecoles françaises… Alors pour reprendre vos propos, l’antériorité du cycle « enjeux du numérique » n’est que de six mois.
Je vous indique que nous sommes en 2010 et qu’Internet existe au moins depuis les années 2000. Que les enseignements sur les TIC devraient commencer dès la première année et en second cycle à tous les masters de Sciences Po et non pas une seule spécialité. Qu’en suivant votre logique, les futurs étudiants intégrés en 1er cycle à la prochaine rentrée, n’entendront parler des TIC que seulement en 2014. Je ne doute pas des qualités du Monsieur qui organise ce cycle mais un seul professeur pour 8000 étudiants me semble un peu juste. Et pour conclure, je suis allé sur le site officiel de Sciences Po et je n’ai rien trouvé en recherchant les mots « les enjeux du numérique » si ce n’est qu’un module de formation de 24 heures… Surprise !! Si le contenu semble dès plus intéressants, le volume horaire moyen devrait être d’au moins 300 heures. Alors, ce n’est pas avec un constat aussi lamentable que vous pourrez impressionner qui que ce soit. Je m’étonne de recevoir de la part d’un étudiant de 5ème année de Sciences Po un commentaire aussi peu pertinent ou constructif. Cela démontre que vous n’avez pas encore pris la juste mesure de ces Enjeux du numérique…

Bonne chance.
 
Jed75
10/06/2010 14:30
Pardon. Mademoiselle et non pas jeune homme...
Je constate au passage que vous avez sans doute séché les cours de Dom sur l'utilisation de facebook...
 
Jed75
10/06/2010 14:44
Et moi, ceux de Français au collège ;-)

*séchER
 
08/06/2010 10:08
RT @RSLNmag: "... Il n'a jamais entendu parler de e-réputation [...], d'e-communication [....], de travail collaboratif" -> http://bit.ly/9MZqAE [2/2]
 
08/06/2010 09:25
RT @fcinq: Exagéré, ce com ? "Un étudiant en 4è année à Sciences Po n'a jamais eu le moindre cours sur les TIC" http://bit.ly/9MZqAE
 
08/06/2010 09:09
Exagéré, j'espère, ce com ? "Un étudiant en 4è année à Sciences Po n'a jamais eu le moindre cours sur les TIC" http://bit.ly/9MZqAE
 
08/06/2010 09:02
"... Il n'a jamais entendu parler de e-réputation [...], d'e-communication [....], de travail collaboratif" -> http://bit.ly/9MZqAE [2/2]
 
20/07/2010 21:09
Science-Po et l'arrivée des Générations Y : alors comment ils vont faire eux? http://ow.ly/2eafR
 
20/07/2010 21:09
Science-Po et l'arrivée des Générations Y : alors comment ils vont faire eux? http://ow.ly/2eafP
loader
Ajouter un commentaire
(*) Champ obligatoire
Dossiers
Dossier
 
Tags
Tags
 
Partager
Partager
FaceBook
Twitter
Windows Live
NetVibes
Delicious
StumbleUpon
Envoyer à un ami